Parmi les postulants aux places d’honneur, Arnaud Sajoux se remet en selle sur son fidèle Corsaro, bien décidé à conjurer le mauvais sort qui lui a infligé une méchante chute la veille de l’arrivée sur Toulon lors du dernier Moto Tour. Mission : marquer des points au championnat en faisant au moins aussi bien que l’année passée où il avait décroché la 8eme place pour sa première course en Morini. Pour atteindre cet objectif, la moto a été confiée aux bons soins de Marc Henon, préparateur de talent et patron d’Hélit Moto dans le Val d’Oise. A noter la présence du sympathique et talentueux pilote belge Marc Detournay sur Corsaro Veloce.

Le nouveau règlement limitant la puissance des machines à 106 cv, toutes les machines passent au banc de puissance. Verdict pour le Corsaro : 97 cv, et passage sans encombre au contrôle technique pointilleux des commissaires belges.

Pour une mise en jambe, les concurrents auront droit au cadre légendaire du circuit de Spa Francorchamps en guise de première spéciale. Deux tours à boucler sur un asphalte détrempé par les nombreuses averses. Dés le départ, Arnaud accroche le bon wagon et passe la ligne en 13eme position (7eme championnat IRC). Les réglages apportés à la moto semblent avoir été bénéfiques, mais les conditions de course ne permettent pas de juger réellement le comportement de la partie cycle. A noter la victoire du régional de l’étape, Fred Fiorentino sur un mono 690 KTM « usine » revendiquent 78 cv au banc…

Rassuré par ce premier résultat, Arnaud démarre la première « vraie » spéciale du rallye dés le lendemain matin. A chaque minute les concurrents prennent le départ de la spéciale de Winnaplanche, sur un tronçon bosselé de 3 km. 10eme position en IRC pour le pilote Morini.

Les pilotes enchainent dans la matinée avec la spéciale de Theux, qui a la particularité de faire une boucle sur un tracé rapide et… bosselé de 5 km. Le contexte est favorable à la morini malgré des suspensions un peu sèches, et arnaud pointe cette fois à la 8eme place IRC.

L’épreuve qui suit enthousiasme nettement moins les pilotes, qui doivent prendre le départ de la première des inévitables « bases chrono ». Epreuve de régularité disputée sur un parcours copieusement gravillonné. Si l’intérêt sportif est discutable, les écarts se creuses à l’arrivée, et à ce jeu de hasard, Arnaud perd 28 précieuses secondes pour pointer à la 16eme place.

Après la pause bien méritée du soir, les pilotes apprécient de se retrouver au départ d’une véritable course : la spéciale disputée de nuit sur le circuit de Karting, réunissant sept concurrents à chaque manche, est toujours aussi spectaculaire. Le spectacle offert est grandiose dans cette arène surchauffée ou les super-motards sont à la fête. Pour l’occasion le Corsaro voit ses pneus harnachés en pré-grille de couvertures chauffantes grâce à Alan Lehmann, généreux pilote breton : ambiance grands prix et efficacité appréciables dés les premiers mètres de course. A l’arrivée, Arnaud garde le contact avec les avants postes avec le 10eme temps IRC.

Le lendemain, l’esprit encore chargé de souvenirs de cette arsouille mémorable, le Belgium Tour Circus se dirige vers la sixième spéciale à Thelin, tracé rapide se terminant pas deux épingles. Arnaud persiste et signe la 10eme place IRC.

La pause du midi sera l’occasion d’un cafouillage à rebondissement à cause de temps de pointage pas clairs. Fred Fiorentino en fera les frais en prenant deux minutes de pénalité. Notre pilote Morini passe entre les gouttes en faisant attention de pointer dans les délais. Le rallye est une discipline ou les secondes sont dures à gagner et les minutes faciles à perdre !

L’après midi, l’équipe accueille Emile Ferré, représentant l’usine Morini pour l’importation des machines en France. Son soutient nous avait déjà permis de boucler la préparation de la moto avant la course, et la visite de ce fin connaisseur en machines italiennes met du baume au cœur du pilote et de l’assistance.

Le rallye, c’est aussi de la constance : Arnaud accroche une nouvelle fois la dixième place sur la spéciale de Houyet. Cette montée a la particularité d’être composée d’une longue ligne droite suivie d’une série d’épingles propices aux vocalises rauques hurlées par les échappements carbone du Corsaro : du Wagner interprété par ACDC !

Après avoir révisé l’art de bien négocier les courbes serrées, les difficultés montent d’un cran avec la spéciale de Gendron. Ici les sept épingles présentent la particularité d’être pavées. Le revêtement mouillé ajoute du fun à l’ensemble, et il fallait s’appeler Candeloro pour espérer faire un temps. Dans ces conditions délicates, Arnaud parvient à dompter les 13 m/kg de la Morini pour rester sur ses roues et obtenir le 13eme temps IRC.

Après diner, en guise de dessert, les pilotes se mesurent à la spéciale de nuit de Huy. Chevaux et gros cœur indispensables pour ce tronçon très rapide qui traverse un village : imaginez le Tourist Trophy la nuit… Régularité exemplaire et 12eme place pour Arnaud. La liaison vers Stavelot permet ensuite de refroidir moteurs et cerveaux. Une nouvelle fois, les pilotes ne retrouverons leur couette que tard dans la nuit.

Quelques heures de sommeil plus tard, légèrement ponctuées par les ronflements d’Emile, dignes du meilleur de la production Termignoni, nous voila déjà au départ de la spéciale de Nandin. Enchainements rapides abordés cette fois sous un grand soleil dans un cadre qui évoque encore le TT. Contrairement à beaucoup de concurrents qui accusent de la fatigue, Arnaud retrouve au fil des épreuves son meilleur niveau et claque le sixième temps IRC. Voila qui devient sérieux et reflète vraiment les capacités du tandem Arnaud Sajoux / Moto Morini !

10eme et déjà dernière spéciale disputée cette fois à Gedine. Arnaud confirme en s’emparant de la 7eme place IRC.

La fin de l’épreuve est moins grandiose que le début : base chrono de nuit, puis liaisons hyper-serrées sur des chemins dignes d’un Enduro. Arnaud se sort du piège en ne concédant que 2 secondes à l’épreuve de régularité et en obtenant le sans-faute lors des liaisons dangereuses. Il y’avait tout à perdre cette nuit : certains pilotes ont chuté et Denis Bouan perd le bénéfice de la première place pourtant gagnée avec panache en se perdant dans la base chrono.

Une fois le dernier contrôle franchi, et les motos au parc fermé la pression retombe et de nombreuses boissons à base de houblon s’échangent entre pilotes et assistances. La courte nuit qui suit est propice aux tempêtes de cerveaux : soucieux de ménager le suspens, les organisateurs ne confirmeront les résultats définitifs que le lendemain 9h30…

Libération et grande joie pour Arnaud quand il découvre sa septième place IRC ! Voila de bons point marqués au championnat qui viennent récompenser les efforts de tous ceux qui ont contribué à cette aventure.



Il reste maintenant quatre mois pour fignoler la préparation de la moto et du pilote avant d’affronter les routes du Portugal lors de la prochaine manche du Championnat International des Rallyes. Troisième rallye enchainé pour le Corsaro et toujours aucune panne à signaler : Nous avons la confirmation que la Morini est capable de rivaliser avec les meilleures machines en termes de performance, avec le petit supplément d’âme qui la différencie des autres productions, même européennes.