Ce Moto Tour a été l’occasion de traverser la France de long en large : Autoroutes, villes, et surtout départementales, voire chemin vicinaux. Quelque soit la route, la « nove mezzo » m’a transporté (à tous les sens du terme) avec un égal bonheur.

Au cours des 8500 km avalés en reconnaissances puis en course, j’ai réalisé à quel point cette moto était aboutie et attachante.

La première émotion est esthétique, voir sensuelle : comme pour une actrice italienne époque Cinecita, l’harmonie entre courbes généreuses et lignes tendues, la taille fine détournent les regards des plus blasés, appellent la main des plus entreprenants. Les anachroniques, mais superbes jantes à rayon nous ramènent au bon temps des bas à résille. Clairement plus Gina que Samantha !

Dés que le contact est mis, on devine que la relation va bien se passer. Le moteur ne se fait pas prier pour prendre vie et révèle d’emblée un heureux caractère. Parfaitement équilibré, il vous épargne grognements et vibrations : pendant qu’il monte doucement en température sur la béquille, vous pouvez déposer vos lunettes et gants sur la selle le temps d’enfiler casque et combinaison, sans risque de tout retrouver par terre. Essayez donc de faire ça avec d’autres gros twins…

Dans un premier temps, une conduite paisible est le meilleur moyen d’apprivoiser la belle. Elle saura vous emmener tranquillement au boulot ou chez belle maman sans rechigner, elle. Confort et facilité sont au rendez-vous.

Sur le chemin du retour, la 9 ½ pourra à votre guise révéler un tout autre visage si vous décidez de tourner la poignée dans le bon sens. La poussée du moteur vous catapulte vers le plaisir de 3500 à 8500 tours, vos bras s’allongent, vos yeux s’écarquillent, votre cœur bat, vous souriez béatement. Même en version française à 100cv, et quelque soit le régime, les sensations ne sont pas limitées.

La réussite de cette moto ne se cantonne heureusement pas à la belle santé de son moteur. La partie cycle assure et rassure. Le freinage et le bel équilibre d’ensemble autorise beaucoup et pardonne quand il le faut.

Pour celui qui chasse l’ultime centième de seconde sur piste, un Corsaro sera toujours plus efficace. La 9 ½ n’est pas une moto de course. En pré-grille à côté des sportives manga avant les épreuves sur circuit, avec sa jolie frimousse elle m’évoquait plutôt « Amélie Poulain au pays des ninjas ». Non, toute la magie de cette moto, c’est de m’avoir permis d’intégrer le premier tiers du classement en prenant un maximum de plaisir et un minimum de risques. Cette moto permet d’aller vite et bien pendant des heures, d’enchainer sans fin les milliers de courbes que comporte notre beau pays, d’en être ravi sans en être épuisé.

Cerise sur la bolognaise : pendant les 8500 km partagés avec la 9 ½, je n’ai connu absolument aucune alerte mécanique, ni usure prématurée de pièces. Un seul bémol à mon goût : les belles jantes à rayon ne peuvent pas accueillir de pneus Tubeless. J’ai donc parcouru l’ensemble du Moto Tour avec une chambre à air et quelques outils au fond de mon sac. Précaution qui par chance a été inutile, et petit défaut à corriger.

A l’usage, cette moto et demi offre deux visages, interchangeables à volonté :

- En configuration « tourisme », équipée du pare brise et de la sacoche latérale disponibles en option, vous pourrez emmener votre petite amie Mimi en week end 52 fois par an en tout confort quelque soit la route empruntée.

- En configuration « canaille », débarrassée des sacoches et pare brise, la fourche remontée d’un centimètre, les reposes pieds raccourcis, et une dent de moins en sortie de boite, vous détenez une bête à plaisir pour écumer les départementales et routes de montagne.

Dans tous les cas, vous aurez la satisfaction de posséder une moto unique, en dehors des schémas imposés par les lois du marketing. Dés qu’elle est béquillée au bord de la route ou sur la place d’un village, cette moto détourne les regards, délie les langues, provoque l’échange.